Lettre à celle qui n'ose plus poser son bouclier...
- Sarah Fréchet
- 8 janv.
- 3 min de lecture
Je te vois.
Je ne vois pas seulement la femme qui sourit sur sa photo de profil ou celle qui assure au travail.
Je vois celle qui, le soir venu, sent ses épaules s'affaisser sous un poids invisible.
Ce poids, ce n’est pas seulement ta charge mentale.
C’est le poids de toutes ces femmes de ta lignée qui ont dû se taire, s’effacer, ou performer pour ne pas disparaître.
Je te vois derrière ton écran, à essayer de transformer tes visions sacrées en "contenu efficace".
Je sens ta gorge qui se serre quand tu tentes de faire rentrer ton intuition sauvage dans les cases d’un algorithme froid.
Pourquoi t’infliges-tu ce sacrifice supplémentaire ?
On t'a fait croire que pour aider, il fallait être partout, tout le temps, et surtout, être parfaite.
On t'a fait croire que ta valeur dépendait de ta visibilité.
Mais ta médecine, celle que tu portes dans tes cellules, n’a que faire des "likes".
Elle a besoin de ton silence. Elle a besoin que tu arrêtes de vouloir être la "bonne élève" du digital pour redevenir la souveraine de ton propre territoire.
La fin du règne de la "Femme-Pilier"
C’est un contrat tacite que tu as signé il y a longtemps, peut-être même avant de naître.
Tu as accepté d’être celle qui ne flanche pas.
Celle qui décode les tensions dans une pièce avant même que quelqu’un ait parlé. Celle qui porte les bagages émotionnels des vivants et les silences des morts.
Tu penses que si tu lâches, tout s'effondre.
Tu penses que ton épuisement est le prix à payer pour la sécurité du clan.
Mais regarde ton corps.
Cette thyroïde qui siffle, cette nuque qui se raidit, ces migraines qui te clouent au lit comme pour te forcer à regarder le sol... ce n'est pas de la fatigue.
C'est ton territoire intérieur qui crie à l'invasion.
À force de porter tout le monde, tu n'as plus de place pour toi.
Choisir de se retirer n'est pas une démission, c'est un acte de dévotion envers soi-même.
C'est reprendre son souffle là où tout le monde attend que tu t'essouffles.
Le véritable courage, pour une femme comme toi, ce n'est pas d'en faire plus.
C'est de regarder le vide et de dire : "Aujourd'hui, je ne tiens rien. Aujourd'hui, je laisse la Terre me porter, plutôt que de porter le monde."
Le vertige du vide
Je sais ce qui se passe quand on s’autorise enfin à ne rien faire.
Ce n’est pas toujours la paix qui arrive en premier.
Ce qui arrive, c'est souvent l’angoisse.
C’est ce vertige qui te prend aux tripes quand le silence devient trop fort.
C’est cette petite voix paniquée qui te demande : "Si je ne sers plus à rien, qui suis-je ? Si je ne porte plus personne, est-ce que j'existe encore ?"
La réponse est un grand OUI vibrant.
Tu n'as pas besoin d'être utile pour être sacrée.
On ne demande pas à une montagne ou à une rivière de justifier sa place.
Elles sont là, elles existent, et leur simple présence modifie le monde.
Il en va de même pour toi.
Ta valeur ne réside pas dans ce que tu fais pour les autres, mais dans la qualité de ta présence à toi-même.
Quand tu ne sers plus à rien, tu n'es plus une fonction, tu redeviens une présence.
Tu n'es plus le moteur de l'existence des autres, tu redeviens le cœur battant de la tienne.
Transformer le poids en racine
Je ne te dis pas tout ça depuis un sommet de sagesse où tout est fluide.
Je te le dis parce que ce "pilier", je le connais. Je l'ai été.
Je le suis parfois encore. Je connais cette petite voix qui murmure que si je m'arrête, tout s'écroule.
Mais j'apprends, chaque jour, à transformer ce poids en racine.
À comprendre que ma lumière n'est pas une performance, mais une présence.
Si ce message résonne en toi aujourd'hui, ne cherche pas à "faire" quelque chose de plus. Contente-toi de poser ton bouclier, juste pour un instant.
Accepte le vide, accepte même le frisson d'inquiétude qui l'accompagne.
Respire dans cet espace qui s'ouvre.
C'est là, quand on accepte de ne plus rien tenir, que l'on commence enfin à être tenue par plus grand que soi.
C'est là que ta vraie "vision" commence.







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